Une nouvelle conversation sur nos villes, Fragments de mon livre à paraître “Les Villes de l’#AfriqueQueNousVoulons”

L’Afrique entre dans une ère décisive : celle où ses villes deviennent le véritable théâtre de son avenir. Pourtant, nos débats publics sur l’urbanisation restent trop souvent piégés dans des récits importés, des diagnostics prémâchés ou des malentendus qui occultent l’essentiel : la ville africaine n’est pas un problème à gérer, mais une puissance à révéler.

L’un des signes les plus frappants de ce manque de prise de conscience est que la Conférence des chefs d’État de l’Union africaine n’a pas encore consacré un seul sommet à ce qui constitue pourtant le cœur de l’émergence du continent : l’urbanisation et la transformation de nos territoires.

Avec Les Villes de l’#AfriqueQueNousVoulons, un ouvrage en cours de finalisation après deux années de recherche, d’écriture et de terrain, j’ai voulu remettre au centre du débat public ce qui manque encore : un regard africain sur nos propres villes, une lecture ancrée dans nos territoires, nos contraintes réelles, notre créativité, nos ressources, nos urgences climatiques et nos aspirations collectives.

À partir d’aujourd’hui (1er décembre 2025), j’ouvre sur cette plateforme une série hebdomadaire inspirée du livre : des fragments choisis, des analyses, des éclairages contextuels et des propositions pour penser autrement l’avenir urbain du continent.
Un rendez-vous pour replacer la ville au cœur de la transformation des territoires et pour nourrir ce dont l’Afrique a urgemment besoin : un cap, une cohérence, un imaginaire renouvelé.

Repenser nos villes n’est pas un luxe intellectuel.
C’est une condition de souveraineté territoriale, d’équité sociale, de résilience climatique et d’efficacité publique.
C’est surtout une invitation à regarder enfin nos villes comme elles sont… et comme elles peuvent devenir.

Bienvenue dans cette nouvelle conversation.

Par *Luc Gnacadja

L’Afrique vit aujourd’hui la plus grande transition urbaine et démographique de son histoire. En soixante-dix ans, sa population urbaine a été multipliée par vingt-sept. Et, d’ici 2050, près d’un milliard d’Africains supplémentaires vivront en ville.

Ce basculement n’est pas marginal : il reconfigure déjà notre économie, notre cohésion sociale, nos équilibres territoriaux et notre capacité à affronter le choc climatique.

Autrement dit, nos villes sont devenues le lieu où se joue l’avenir du continent.

Et pourtant, nous continuons trop souvent de regarder l’urbanisation avec un prisme brouillé, façonné par trois illusions paralysantes.

La première est le récit alarmiste de « l’explosion urbaine », qui fait de la croissance des villes une fatalité ingérable plutôt qu’un enjeu stratégique.

La deuxième est la perception de la ville comme un espace “déficitaire” parce qu’apréhendé comme un lieu de manques et de contraintes, plutôt que comme un moteur potentiel de création de valeur et d’opportunités.

La troisième illusion est celle d’une ville hors-sol, séparée de son territoire, comme si l’urbain pouvait se penser indépendamment des systèmes qui le nourrissent : l’eau, les sols, les marchés, les chaînes alimentaires, les mobilités, les périphéries et arrière-pays qui l’ancrent et le soutiennent.

Ces illusions nous empêchent de tirer parti des forces réelles de l’Afrique urbaine, encore trop négligées dans les investissements : la vitalité de son économie populaire, la créativité de ses habitants, la résilience de ses dynamiques intrinsèques, ainsi que rôle stratégique des villes intermédiaires et des agglomérations transfrontalières.

C’est pour contribuer à dissiper ce brouillard que j’ai consacré deux années entières à un chantier intellectuel et empirique : la rédaction du livre Les Villes de l’#AfriqueQueNousVoulons.

Ce travail est né d’un premier texte fondateur “The Cities of #TheAfricaWeWant[1], publié en avril 2022 dans la série Africa Rise de ICLEI (Local Governments for Sustainability), et qui a progressivement pris l’ampleur d’une réflexion globale sur nos villes, nos territoires et les transitions indispensables pour les rendre durables, vivantes et souveraines.

Ce livre en cours de finalisation est le fruit d’un parcours professionnel et politique fait d’engagements multiples, du local à l’international, mais aussi d’une volonté : redonner à l’Afrique la maîtrise intellectuelle, politique et culturelle de son urbanisation.

Un livre qui arrive au moment où l’Afrique doit choisir sa trajectoire.

Ce livre met en lumière des faits essentiels :

nos villes croissent mais transforment peu leurs territoires,

elles avancent sans mobilité viable,

elles s’étendent dans des zones de risques climatiques,

elles portent des responsabilités immenses sans disposer des moyens d’agir.

Il propose également cinq transitions majeures — spatiale, constructive, écologique, budgétaire, politique — présentées récemment dans ma conférence inaugurale de l’Africa Transition Forum 2025 (ATF 2025) de Marrakech.

Des transitions concrètes, réalistes, et surtout adaptées aux réalités africaines.

Reprendre la main sur notre urbanisation, ce n’est pas refaire des plans.

C’est restaurer la cohérence de nos territoires.

C’est activer le capital africain — humain, social, écologique, culturel et économique — là où il vit et se déploie réellement.

Pourquoi partager ces extraits semaine après semaine ?

Parce que l’enjeu urbain ne peut plus rester confiné aux rapports techniques.

Parce que le débat public sur la ville doit s’ancrer dans nos réalités, et non dans des récits importés.

Parce que l’Afrique ne pourra transformer ses villes que si elle transforme d’abord son regard sur elles.

En partageant ces extraits, j’ambitionne de :

  • ouvrir une réflexion accessible au grand public ;
  • installer les notions, concepts et transitions clés développés dans le livre ;
  • nourrir un espace de dialogue entre bâtisseurs du quotidien, décideurs, urbanistes, chercheurs et citoyens.

Chaque semaine, je partagerai donc :

Des extraits choisis, des analyses liées à l’actualité, des fragments de parcours, des propositions structurantes pour repenser la ville africaine depuis ses terrains vivants.

Rendez-vous chaque semaine

À partir de la semaine prochaine, sur mes plateformes numériques et sur le site de GPS-Development (www.gps-development.org), je publierai un extrait enrichi, contextualisé, ouvert au débat afin de construire ensemble un nouveau regard sur la ville africaine, lucide, ancré, ambitieux.

L’Afrique ne manque ni de talents, ni d’idées, ni de solutions.

Elle manque d’un cap pour les orchestrer.

Et si ce livre contribuait à tracer ce cap ?

Luc GNACADJA est architecte et président de GPS-Development,
ancien ministre de l’environnement de l’habitat et de l’urbanisme du Bénin,
Ancien secrétaire exécutif de la convention des nations unies sur la lutte contre la désertification


[1] https://riseafrica.iclei.org/wp-content/uploads/2022/04/The-AfricaWeWant_Luc-Gnacadja_pdf.pdf

Disponible aussi en PDF. Cliquez ici pour télécharger.

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Cette publication a un commentaire

  1. Giuseppe Bettoni

    Tout d’abord, merci pour cette contribution précieuse. Ce champ de recherche manque cruellement de ce type d’apport. Si les débats sur l’Anthropocène ou l’Urbanocène sont omniprésents, les villes africaines y sont trop souvent réduites à de simples études de cas.

    Il est impératif de développer une perspective proprement africaine pour penser l’Urbanocène – à l’instar de ce que propose Michel Lussault à une autre échelle. Les transitions et les « trois illusions » que vous mentionnez sont des phénomènes planétaires ; leur analyse nécessite donc un regard qui intègre pleinement l’expérience et le point de vue des villes africaines.

    Votre travail ouvre cette voie essentielle. Je vous en remercie et le lirai avec le plus grand intérêt.