L’Afrique à Laquelle Je Crois

« Je ne suis pas africain parce que je suis né en Afrique, mais parce que l’Afrique est née en moi. » (Kwame Nkrumah)

Je crois en une Afrique qui ne subit plus l’histoire, mais qui y prend pleinement part, une Afrique qui cesse d’être un objet de discours pour devenir un objet d’action, qui ne se définit pas par ses manques mais par ses potentialités.

Nous vivons une époque de bascule.

L’ordre du monde hérité de siècles de domination, de hiérarchies figées et de dépendances organisées se fissure sous le poids de ses propres contradictions. Vu d’Afrique, cet ordre apparaît à bout de souffle : incapable de se réinventer, prisonnier de ses rentes et de plus en plus déconnecté des réalités qu’il prétend réguler.

L’architecture internationale issue de la Conférence de Berlin, recomposée après la Seconde Guerre mondiale puis réajustée à la chute du Mur de Berlin, se délite. Les puissances qui l’ont façonnée s’y accrochent encore, mais leur emprise s’érode. Dans ce moment d’incertitude, un nouvel ordre se cherche, instable, parfois chaotique, marqué par une inévitable redistribution des cartes.

Dans ce contexte, l’Afrique n’a plus le luxe d’être spectatrice. Elle ne peut plus se permettre de rester à la périphérie d’un monde qui se défait.  Elle doit faire son choix : rester un enjeu pour les autres, ou devenir un acteur assumé de sa propre trajectoire.

L’Afrique à laquelle je crois n’attend plus

Elle ne se définit ni par l’aide au développement, ni par l’imitation de modèles importés, ni par une logique de rattrapage permanent. Elle comprend que son destin ne se joue pas dans l’adaptation passive à des cadres conçus ailleurs, mais dans l’affirmation de sa souveraineté intellectuelle, politique et économique.

Cette souveraineté ne se proclame pas. Elle se construit.

Elle exige d’abord une rupture intellectuelle profonde : vaincre l’épistémicide et l’esprit (ou le complexe) d’extranéité. Trop longtemps, nos savoirs, nos pratiques, nos formes d’organisation ont été disqualifiés, relégués, marginalisés, au profit de références exogènes érigées en normes universelles. Penser l’Afrique à travers des catégories importées a fini par appauvrir notre capacité à transformer nos propres réalités.

Reprendre la plume, c’est reprendre le droit de nommer, de comprendre et de projeter. C’est accepter de revisiter nos héritages, non pour les sacraliser, mais pour les contextualiser et les mettre au service de nos défis contemporains.

La souveraineté exige ensuite une révolution de la gouvernance, une gouvernance inspirée de l’esprit d’Ubuntu, qui affirme « je suis parce que nous sommes », et qui refonde l’exercice du pouvoir dans la sphère publique autour du service, de la sacralisation du bien commun, de la mobilisation des intelligences au service de la responsabilité collective, de la redevabilité et de l’efficacité du service public, en rupture à la fois avec les bureaucraties figées héritées de l’État colonial et avec les élites prédatrices qui confondent pouvoir et rente.

Sans cette double rupture, cognitive et institutionnelle, aucune transformation durable n’est possible.

Là où tout se joue : les villes africaines

Mais où cette transformation peut-elle réellement se matérialiser ? Où l’Afrique peut-elle refonder son développement sur des bases durables, visibles, tangibles ? Dans ses villes!

Parce qu’une Afrique qui ne maîtrise pas son urbanisation est une Afrique qui se condamne à l’inefficacité, à l’impuissance et à la dépendance.

Les villes africaines sont aujourd’hui à la croisée des chemins. Elles peuvent être des accélérateurs de transformation ou des bombes à retardement.

D’ici 2050, la population urbaine du continent devrait tripler par rapport à 2015, pour atteindre près d’un milliard et demi d’habitants. Jamais dans l’histoire, un continent n’aura connu une urbanisation d’une telle ampleur, en si peu de temps. Et pourtant, cette transition majeure se déroule encore trop souvent sans anticipation, sans structuration, sans projet politique clair.

Ce qui devrait être un levier de prospérité et de compétitivité devient alors un espace de fragilités accumulées. L’informalité s’étend, l’insécurité foncière s’intensifie, les services essentiels restent sous-dimensionnés. Les villes absorbent les chocs économiques, sociaux et climatiques sans disposer des capacités institutionnelles et territoriales pour y répondre.

Si nous persistons dans cette trajectoire, les conséquences sont connues : des métropoles suffocantes, des périphéries abandonnées, des tensions sociales croissantes, des vulnérabilités climatiques exacerbées, des migrations forcées et des formes nouvelles de violence et d’extrémisme. Ce chaos n’est pas une fatalité. Il est le produit de choix, ou de non-choix.

Faire de l’urbanisation un projet transformateur

Nous avons donc une responsabilité historique : Soit nous subissons une urbanisation sauvage, fragmentée, génératrice d’inégalités et d’exclusion, soit nous faisons de l’urbanisation africaine un objet transformateur.

Cela suppose de rompre avec une vision de la ville comme simple lieu de survie ou de transit. Les villes africaines doivent devenir des moteurs de transformation territoriale, des espaces d’innovation, des plateformes d’intégration entre le rural et l’urbain, entre l’économie, la société et les écosystèmes.

Aujourd’hui encore, un modèle d’urbanisation subi domine, caractérisé par des métropoles hypertrophiées qui se développent sans structurer leur hinterland, par une concentration excessive des richesses dans quelques centres tandis que des quartiers entiers sont laissés-pour-compte, ainsi que par une gouvernance urbaine du « laisser-faire », contrainte de gérer l’urgence plutôt que d’anticiper.

Ce modèle est insoutenable. Il alimente la polarisation sociale, bloque la création de valeur territoriale et expose nos villes à des risques systémiques croissants.

Une autre voie est possible, avec une urbanisation pensée comme une opportunité stratégique et systémique et non comme un problème à contenir, une urbanisation qui s’appuie sur le “déjà-là”, valorise l’informel comme matrice de la ville réelle, renforce la cohésion sociale et anticipe les chocs climatiques.

Une Afrique déjà en marche

L’Afrique à laquelle je crois n’est pas une Afrique en attente. Elle est déjà en mouvement. Elle se manifeste dans chaque innovation locale qui répond à un besoin concret, dans chaque jeune Africain qui refuse le statu quo et choisit de bâtir son avenir sur le continent et dans chaque leader qui comprend que l’enjeu n’est pas de rattraper un retard, mais d’inventer une trajectoire propre. Cependant, cette Afrique ne se construira pas toute seule. Elle a besoin de décideurs visionnaires, de concepteurs audacieux, d’entrepreneurs innovants et d’une jeunesse qui ose penser et agir autrement.

Ce livre est un manifeste contre la fatalité.

Il ne propose ni recettes toutes faites ni modèles à copier. Il ouvre des pistes, pose une boussole et invite à repenser nos villes et nos territoires comme les leviers centraux de la transformation africaine.

La question n’est plus de savoir si l’Afrique va s’urbaniser. Elle l’est déjà. La vraie question est celle-ci : Qui façonnera les villes et les territoires de l’Afrique que nous voulons ?

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